Il y a trois mois, j’avais un problème simple : perdre 45 minutes chaque matin dans les embouteillages entre Ariana et mon bureau à Tunis centre. La moto était trop chère à entretenir, les transports en commun trop imprévisibles, et le taxi trop coûteux au quotidien.
Un ami m’a suggéré le vélo. J’ai ri. Puis j’ai essayé.
Ce que je vais vous raconter ici, c’est mon expérience réelle avec deux vélos Decathlon — le Riverside et le Rockrider — testés dans les vraies conditions des routes tunisiennes, pas dans une salle de rédaction parisienne. Et si vous envisagez le même choix, je vous recommande de lire aussi le comparatif technique complet publié par bike.tn, le site de référence sur le cyclisme en Tunisie, qui détaille les modèles disponibles et leurs prix actuels en TND — mon témoignage complète leur analyse avec du vécu quotidien.
Mois 1 — Le Riverside et l’illusion du vélo parfait
J’ai commencé avec le Riverside 520. Sur le papier, tout était parfait : léger, confortable, rapide sur asphalte. Le premier jour, j’ai cru avoir trouvé la solution miracle.
Le deuxième jour, j’ai pris la route qui longe la zone industrielle de la Charguia. Premier nid-de-poule à 25 km/h — le choc s’est propagé directement dans mes poignets et ma colonne vertébrale. Deuxième nid-de-poule, même sensation. En arrivant au bureau, j’avais les mains engourdies.
Ce n’est pas que le Riverside est un mauvais vélo. C’est un excellent vélo — pour les routes pour lesquelles il a été conçu. Le problème, c’est qu’une bonne moitié de mon trajet ne ressemble pas à La Marsa un dimanche matin.
La semaine suivante, j’ai changé mon itinéraire pour éviter les zones les plus dégradées. Mon trajet a allongé de 8 minutes. Le Riverside roulait parfaitement sur les grands axes bien entretenus — mais dès que je m’en écartais, je payais le prix.
Mois 2 — Le Rockrider change la donne
Au bout de cinq semaines, j’ai emprunté le Rockrider ST 500 d’un collègue pour une semaine de test. La différence a été immédiate.
Sur les mêmes nids-de-poule de la Charguia, la fourche à suspension absorbait ce que le Riverside me transmettait dans les bras. Je roulais plus lentement sur les axes parfaits — environ 3 à 4 km/h de moins en moyenne, mais j’arrivais au bureau sans avoir l’impression d’avoir combattu la route.
Ce qui m’a le plus surpris : la confiance. Sur le Riverside, j’anticipais chaque obstacle, je freinais tôt, je contournais. Sur le Rockrider, je roulais. Cette différence psychologique est difficile à quantifier, mais elle change l’expérience quotidienne du trajet de façon significative.
J’ai acheté le Rockrider ST 500 à la fin de la semaine.
Mois 3 — La réalité du quotidien
Trois mois plus tard, voici ce que personne ne m’avait dit avant d’acheter.
Sur la chaleur. En mai, les températures commencent à monter. Rouler à 7h30 est agréable. À 8h30, c’est différent. J’ai appris à partir 20 minutes plus tôt. Ce n’est pas un problème de vélo, c’est la réalité du cyclisme urbain en Tunisie en été.
Sur le vol. Mon premier antivol câble à 15 TND a été coupé un mardi soir devant un café à l’Avenue de la Liberté. Le vélo était encore là par chance, le câble avait été testé, pas utilisé. J’ai investi 90 TND dans un U-lock le lendemain. Depuis, aucun problème.
Sur l’entretien. En trois mois, j’ai crevé deux fois. Les routes tunisiennes sont généreuses en débris de verre et en bords de trottoir agressifs. J’ai appris à changer une chambre à air moi-même, 15 minutes, 12 TND de matériel. Mon ami est plus doué que moi en bricolage, il m’a montré. Au pire, soit tu as Decathlon si tu es dans les grands villes autrement, j’ai un voisin qui réparer les vélos, et moto pour pas cher donc pour ceux qui ont pas le temps ou pas les compétences, tu peux facilement le réparer dans ton quartier.
Sur les économies réelles. Mon budget transport mensuel est passé de 280 TND (taxi + essence occasionnelle) à environ 18 TND (entretien vélo et une chambre à air). En trois mois, le vélo s’est remboursé aux deux tiers.
Ce que j’aurais fait différemment
Si je recommençais, j’achèterais directement le Rockrider plutôt que de passer par le Riverside d’abord. Pour quelqu’un qui habite dans les zones périphériques ou qui traverse des quartiers mixtes, c’est le choix rationnel pour les routes tunisiennes réelles.
L’exception : si vous habitez strictement dans les quartiers bien entretenus — La Marsa, Carthage, les Berges du Lac, le centre de Sousse côté mer — le Riverside est effectivement plus agréable et plus rapide sur asphalte correct. Mais soyez honnête avec vous-même sur la qualité réelle de vos routes quotidiennes.
J’achèterais aussi l’antivol U-lock dès le premier jour, pas après la première alerte.
Et je prendrais rendez-vous à l’atelier Decathlon dans la première semaine pour apprendre les réglages de base — c’est gratuit, et ça évite beaucoup de petits problèmes.
Il y a un bénéfice dont je ne parlais pas au départ : la forme physique.
Je ne suis pas sportif. Je n’irai pas courir le matin et je ne m’inscrirai pas dans une salle de sport. Mais depuis trois mois, je fais entre 30 et 45 minutes de vélo chaque jour sans même y penser, parce que c’est mon trajet, pas mon entraînement.
Ce n’est pas une activité agressive. Personne ne vous demande de pédaler vite. Vous allez à votre rythme, vous vous arrêtez aux feux, vous discutez avec le vendeur de jus au coin de la rue. Et pourtant, au bout de quelques semaines, vous montez les escaliers sans souffler, vous dormez mieux, et vous ressentez une légèreté dans les jambes que vous n’aviez plus depuis longtemps.
Les médecins appellent ça l’activité physique modérée quotidienne, le type d’effort le plus bénéfique pour la santé cardiovasculaire sur le long terme, justement parce qu’il n’est pas brutal et qu’on le maintient. Pas besoin de se motiver. Pas besoin de trouver du temps. Le sport se fait en allant travailler.
C’est probablement le bénéfice le plus sous-estimé du vélo urbain, et celui dont je parle le plus quand quelqu’un me demande si ça vaut le coup de se lancer.
La question que tout le monde me pose
« Est-ce que ça vaut vraiment le coup à Tunis ? »
Oui — avec des attentes réalistes. Ce n’est pas Amsterdam ou Copenhague. Il n’y a presque pas de pistes cyclables. Certains conducteurs ne vous voient pas. La chaleur de juillet va vous forcer à adapter vos horaires.
Mais les embouteillages du matin ne vous touchent plus. Vous vous garez n’importe où gratuitement. Vous arrivez au bureau avec 280 TND de plus dans votre poche chaque mois. Et après trois mois, vous ne comprenez plus pourquoi vous avez attendu aussi longtemps.
Cet article est un témoignage personnel. Les prix mentionnés correspondent aux tarifs observés chez Decathlon Tunisie au moment de l’achat et peuvent avoir évolué.









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